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Le syndrome de l’imposteur chez les dirigeants : comprendre et surmonter le doute de soi

« Suis-je vraiment à la hauteur pour ce poste ? ». Beaucoup de dirigeants se posent régulièrement cette question dans leur parcours professionnel. En effet, malgré leurs compétences et leur expérience, ils continuent parfois de douter de leur légitimité. Ils attribuent leurs succès à la chance, à l’aide des autres ou au timing, jamais à leurs propres efforts et capacités.

Et si, toi aussi, tu ressens ce doute, il est possible que tu sois atteint du syndrome de l’imposteur.

Cet article t’aidera à comprendre ce qu’est vraiment ce syndrome ; ses causes, ses manifestations, et surtout, comment le surmonter pour affirmer ta légitimité professionnelle et renforcer ton leadership.

Qu’est ce que le syndrome de l’imposteur ?

Avoir un doute persistant sur soi-même.

Le syndrome de l’imposteur est un phénomène psychologique où une personne douée et compétente, doute constamment de ses capacités et a l’impression d’être un imposteur. Elle se croit incompétente malgré l’existence de preuves contraires comme : l’atteinte des objectifs, une belle performance, etc. Elle attribue souvent ses succès à des facteurs externes tels que la chance, l’aide des autres, le timing, etc. Elle a donc du mal à reconnaître ses réussites et considère qu’elle ne mérite pas son poste.

Différence entre le syndrome de l’imposteur et l’humilité professionnelle

Il est important de souligner que le syndrome de l’imposteur est totalement différent de l’humilité professionnelle. Un bon leader a une forme de doute sain, il sait qu’il ne sait pas tout, il cherche toujours à apprendre, il reste humble face aux défis. Autrement dit, il reste conscient de ses limites tout en continuant à apprendre et à évoluer en fonction des situations qu’il rencontre. C’est l’humilité professionnelle.

Le syndrome de l’imposteur, quant à lui, est un doute qui persiste malgré les preuves, une méfiance systématique envers ses propres capacités. Et toujours accompagné de cette voix qui te dit : « même si tu as déjà réussi 10 fois, tu n’y arriveras jamais ».

Quelles sont les causes du syndrome de l’imposteur, surtout chez les dirigeants ?

Causes familiales.

La famille et la société sont les causes principales du syndrome de l’imposteur. La majorité des dirigeants qui souffrent de ce syndrome rapporte une enfance marquée par des attentes parentales incohérentes, comme le fait de dire à l’enfant : « soit autonome », puis, plus tard, lui dire encore : « ne prends aucune décision sans mon accord ». La majorité des parents valorise l’excellence, exige des résultats et trouve toujours des choses à redire si l’enfant a un moment d’égarement ou rencontre des difficultés.

Par conséquent, l’enfant finit par penser que les résultats d’un travail, d’un examen ou d’un exercice sont insuffisants pour mériter de l’attention, de l’affection, voire l’amour de ses parents.

Cette dynamique conduit l’enfant à développer une perception négative de lui-même et de ses compétences. Par exemple, il peut avoir l’impression de ne jamais être à la hauteur, même si les résultats disent le contraire. Et il va porter cela jusqu’à l’âge adulte, ce qui pourra fortement influencer son parcours professionnel.

Causes organisationnelles.

Les changements professionnels importants tels qu’une promotion, une affectation ou l’accession à un poste de direction pour la première fois sont des facteurs qui peuvent qui activer le syndrome de l’imposteur.

C’est un cas classique dans le secteur hôtellerie et restauration, surtout à Madagascar. Il est fréquent qu’un professionnel soit promu à un poste de responsabilité, comme chef de service ou directeur d’hôtel, en raison de ses excellentes compétences techniques. Mais, cette promotion nécessite aussi un changement important de positionnement, car il s’agit maintenant de gérer une équipe, de prendre des décisions, d’organiser les tâches, et plus seulement de bien exécuter son travail. Si il n’a pas appris les compétences managériales avant ou une fois promu chef de service, il peut ressentir un décalage entre ce qu’il ou elle sait faire et ce qu’on attend de lui. Cela peut alors générer un doute intérieur du type : « Je n’ai jamais dirigé auparavant, suis-je vraiment à la hauteur de ce rôle ? ».

Causes cognitives.

La manière de penser est au cœur du syndrome de l’imposteur. Voici les plus courantes :

●       Le biais de confirmation : une fois que tu as l’idée que tu n’es pas compétent, ton cerveau cherche activement les preuves de cette hypothèse, comme quand tu fais une erreur mineure, tu penses que tu savais que tu étais incompétent. Ou encore, quand quelqu’un te complimente pour ton travail, tu penses qu’il essaie juste d’être gentil, de te flatter, qu’il ne voit pas la vérité, à savoir que tu es incompétent.

●       Le perfectionnisme excessif : Ce n’est pas le même type de perfectionnisme que celui qui t’incite à rechercher la qualité et à accomplir les tâches avec sérieux et efficacité. Le perfectionnisme excessif te pousse à fixer des objectifs irréalistes. Tu exiges de toi-même d’être irréprochable en permanence et acceptes difficilement les erreurs. Cependant, vouloir être parfait à 110 % est un but impossible à atteindre. Et quand tu n’atteins pas les objectifs que tu t’es fixés, tu t’évalues comme une personne incompétente.

●       La comparaison à une personne “au-dessus” de soi : tu te compares systématiquement à ceux qui te semblent plus compétents que toi et ça entraîne un doute persistant en toi. Par exemple, tu regardes le PDG d’une grande chaîne hôtelière et tu penses qu’il sait vraiment ce qu’il fait, et pas toi. Tu penses que tu n’es qu’un amateur qui a eu de la chance.

Comment le syndrome de l’imposteur se manifeste-il ?

Ce syndrome ne se présente pas de la même manière chez tous les individus, mais il existe des signes assez constants.

Les manifestations cognitives

Elles se présentent sous forme de doute récurrent et systématique. Quand tu termines un projet, au lieu de te féliciter, tu penses que tu as réussi parce que tu as eu de la chance, que le client était “facile”. Ou encore, tu te dis que tu n’aurais pas pu y arriver sans l’aide de ton équipe. Cette pensée est appelée « attribution externe du succès« . C’est-à-dire que tu attribues toujours les choses qui se passent bien dans ta vie professionnelle à la chance, à l’aide des autres, au fait que c’était juste facile etc. A l’inverse, quand tout va mal dans ta vie professionnelle, tu penses que c’est directement de ta faute, que tu es incompétent.

A part cette attribution externe, tu as aussi cette peur d’être découvert. Tu as peur qu’à un moment donné, une personne découvre que tu n’as aucune légitimité. Et c’est dû à une croyance limitante que tu as en toi. Tu penses que tu es une personne qui trompe les gens en leur faisant croire que tu es compétent ; tu penses que tu ne mérites pas ton poste.

Les manifestations comportementales

Les principales manifestations comportementales incluent :

●       La sur-préparation excessive, c’est-à-dire, travailler de manière excessive ou obsessionnelle pour s’assurer qu’aucune erreur ne soit remarquée. Tu arrives très tôt au travail avant une réunion, tu relis ta présentation 6 fois, tu anticipes chaque question possible. Tu te dis que si tu te prépares assez, peut-être que personne ne découvrira que tu ne sais pas vraiment ce que tu fais.

●       La procrastination, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes. Tu repousses certaines actions parce que tu crains de prendre la mauvaise décision et tu remets en question tes propres compétences. Il y a cette voix dans ta tête qui te dit : « et si ? » à chaque fois que tu essaies de prendre une décision ou de faire une action.

●       La fuite de l’exposition, plus exactement, tu as tendance à rester en retrait et à te faire discret, en évitant les situations qui t’obligent à t’exposer au regard des autres. Tu penses que l’invisibilité te protège pour ne pas être découvert.

Les manifestations émotionnelles

Le syndrome de l’imposteur se caractérise par une anxiété persistante, surtout avant les prises de décision, les réunions importantes ou les situations où il faudra affirmer ton autorité. Autrement dit, tu restes en permanence sur tes gardes, redoutant le moment où quelqu’un découvrira, à tort, que tu es incompétent, alors que cette menace n’existe que dans ton esprit.

Le syndrome de l’imposteur s’accompagne presque toujours de la culpabilité. C’est cette petite voix toxique qui te répète constamment que quelqu’un de plus compétent mériterait ton poste, mais que toi, tu ne le mérite pas. Dans l’hôtellerie, un directeur d’hôtel peut rapidement se retrouver piégé par la culpabilité du privilégié. Cela se manifeste par un sentiment de culpabilité ou de honte à l’idée d’avoir une meilleure situation que les autres, sans pour autant avoir l’impression de la mériter. Il se sent alors coupable d’être au-dessus de ses collaborateurs, de toucher un meilleur salaire ou encore de détenir des informations confidentielles auxquelles ses équipes n’auront jamais accès.

Et enfin, au-delà du doute, le syndrome de l’imposteur entraîne un épuisement émotionnel, car, être en alerte maximale, tout vérifier en permanence est épuisant. En fin de journée, tu es vidé, fatigué et c’est dû au combat intérieur que tu mènes et non à cause de ta charge de travail.

Le syndrome de l’imposteur : Quelles sont les conséquences ?

L’impact du syndrome de l’imposteur est avant tout psychologique. Il mine la santé mentale du dirigeant. Chaque fois que tu doutes, tu te sur-prépares pour prouver que tu es compétent. Mais quand une erreur se produit, tu l’interprètes comme la preuve de ton incompétence et le doute revient de plus en plus fort. Cela crée un inconfort psychologique et finit par te fatiguer mentalement.

Le syndrome impacte aussi les décisions du dirigeant. Face à une multitude de possibilités ou par crainte de commettre une erreur, la personne se retrouve piégée dans une incapacité totale à trancher. En tant que dirigeant, tu recherches toujours une certitude. Tu demandes plus d’avis, de validation, parce que tu as peur de prendre la mauvaise décision. Au final, tu deviens dépendant de la validation et de la réassurance externe. A force de chercher la certitude, tu finis par rater des opportunités.

3 conseils pour surmonter le syndrome de l’imposteur.

Il est tout à fait possible de surmonter le syndrome de l’imposteur. Voici trois conseils qui vont t’aider :

●     Reconnais le phénomène et comptabilise tes réussites

La première étape est de reconnaître le mécanisme. Quand tu réussis, as-tu des pensées automatiques qui disent : « j’ai de la chance, c’était facile » ou encore « c’est mon équipe qui a tout fait » ? Essaie de repérer et de reconnaître ces pensées. Une fois reconnues, considère les comme des croyances irrationnelles et non comme une réalité. Pour mieux t’aider, tiens un journal des victoires. Chaque semaine ou chaque jour, note un objectif que tu as atteint, une décision positive, un compliment reçu. Relis le de temps en temps afin que ton cerveau se souvienne que tu es compétent. Et que ton doute constant est en réalité infondé.

●     Fixe des standards réalistes et cherche du feed-back venant de tes pairs

Fixe-toi des objectifs réalistes. Si tu as du mal à le faire, tu peux utiliser la méthode SMART, c’est-à-dire, l’objectif que tu vas fixer doit être Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réalisable et Temporel. Par exemple, tu peux te fixer comme objectif « améliorer la satisfaction clients de 5% en deux mois »

Demande aussi des feed-backs à tes collaborateurs de temps en temps, sur ce que tu fais de bien, sur ce qui nécessiterait une amélioration dans ton travail. C’est crucial, car tu crées à la fois un environnement de confiance avec eux et tu remplis le vide du doute en toi.

●     Fais appel à un professionnel : un coach ou un thérapeute

Si la situation devient ingérable, c’est-à-dire que le syndrome de l’imposteur affecte vraiment ton bien-être, bloque tes décisions et ta performance, faire appel à un coach ou à un thérapeute est recommandé. Le coach peut t’aider à déconstruire tes pensées automatiques et à reconstruire ta confiance en toi. Le thérapeute, quant à lui, t’aidera à identifier les racines profondes du syndrome et à y faire face.

Conclusion

Le syndrome de l’imposteur est un mécanisme psychologique qu’une personne a développé parce quelle a souvent été exposée à des environnements exigeants avec des attentes élevées.

Il se manifeste à travers tes pensées en te faisant douter de tes compétences. Submergé par tes émotions, tu te laisses envahir par l’anxiété et la culpabilité d’occuper ce poste, persuadé qu’un autre en serait plus digne. Et il se manifeste aussi au travers de tes comportements, quand tu procrastines, quand tu sur-prépares pour éviter les erreurs.

Pour surmonter le syndrome, il faut reconnaître le phénomène, comprendre son fonctionnement et comptabiliser ensuite tes réussites pour déconstruire tes croyances limitantes. Fixe-toi des objectifs réalistes et, si la situation devient ingérable, il est recommandé de consulter un professionnel.

Si tu as l’impression d’être incompétent et que tes succès ne tiennent qu’à la chance ou au soutien des autres, sache que la réalité est tout autre. Les preuves montrent ta compétence à travers l’atteinte des objectifs que tu t’es fixés. Ce n’est pas du hasard, ni de la chance, mais bel et bien le fruit de ton travail et de tes compétences.

Source :

●       Bravata, D. M., Watts, S. A., Keefer, A. L., Madhusudhan, D. K., Taylor, K. T., Clark, D. M., … & Cokley, K. O. (2020). Prevalence, predictors, and treatment of impostor syndrome: A systematic review. Journal of General Internal Medicine, 35(4), 1252–1275.https://doi.org/10.1007/s11606-019-05364-1

●       Clance, P. R., & Imes, S. A. (1978). The impostor phenomenon in high achieving women: Dynamics and therapeutic intervention. Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 15(3), 241–247.https://doi.org/10.1037/h0086006

●       Chrisman, S. M., Pieper, W. A., Clance, P. R., Holland, C. L., & Glickauf-Hughs, C. (1995).

●       Validation of the Clance Impostor Phenomenon Scale. Journal of Personality Assessment, 65(3), 456–467.

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